Helene Zuili - BizNetBlog

Réflexions & news sur le biz du net. Webmarketing, NTIC & Univers Virtuels, internet immersif, pratiques collaboratives, personal branding.

Qui suis-je....

Auteur-réalisatrice multimédia. Entrepreneur passionnée de l'être humain et des nouvelles technologies et médias, des interactions, des interfaces et de la convergence.. Fondatrice de MakeMyWorlds, spécialiste de l'internet immersif et des univers virtuels. Consultante, enseignante, speaker @ BizNetFormations.

Ce que je propose...

Conseil et veille technologique cross médias. Formations individuelles et collectives. Coaching et accompagnement à l'utilisation des nouvelles technologies en environnement professionnel. Integration de pratiques collaboratives en univers virtuels. Gestion de projet Second Life & Second Life Entreprise.

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Comprendre et provoquer le changement.

Il fut un temps où il n’y avait pas d’ordinateur dans les appartements et les maisons du monde. Pas de mobile, pas de console de jeux. Régnèrent le journal, le livre, la radio, puis l’écran de la télévision, tout puissant, d’abord en noir et blanc, puis en couleurs.

Maximilia

Un temps où pour chercher le sens d’un mot, on regardait dans un dictionnaire et où le comble du chic et de l’endettement était de posséder une encyclopédie en 21 volumes que l’on exposait comme un tableau sur les étagères de sa bibliothèque.

Puis vinrent les ordinateurs, les consoles, les mobiles, les tablettes, les robots, ouvrant la voix à tous les supports matériels et immatériels capables d’embarquer des nano processeurs susceptibles de traiter des données.

Et vint le temps où l’ensemble de ces données se mirent à communiquer entre elles, par le biais des individus, des réseaux, des supports, des terminaux, modifiant radicalement notre environnement, nos habitudes, nos perceptions de l’espace et du temps, notre réalité.

On dit que nous sommes les produits de notre génération : cela veut dire que nos perceptions sont façonnées par les dimensions espace et temps dans lesquelles nous vivons. Et pour percevoir cet environnement et élaborer nos comportements, nous nous nourrissons de l’information que nos sens nous renvoient.

Aujourd’hui, cette information nous arrive de partout, de tous les côtés, elle submerge nos sens, nous obligeant à construire nos propres filtres, nos propres limites pour échapper à une forme de folie, pour que notre humanité n’en vienne à se dissoudre dans un monde de données. Mais cette information élargit aussi notre conscience, notre monde physique et intérieur, notre proximité. Car chaque fois que nous tissons un lien, fut-il virtuel, nous nous donnons la possibilité d’accéder à d’autres cercles, de découvrir d’autres univers et de faire basculer le champ des possibles.

Cette révolution nous oblige à modifier nos façons de penser, de travailler. Elle nous oblige à nous questionner autrement, à nous adapter et à changer.

Nous pouvons le faire dans la douleur, mobilisant nos résistances à des fins contre-productives, retardant le moment de l’inévitable. Nous pouvons le faire dans le plaisir en considérant que tout l’acquis que nous avons emmagasiné depuis notre enfance, dans les différentes expériences de notre vie nous servira à mieux nous approprier les nouveaux savoirs. (Lire Du désir au plaisir de changer. Comprendre et provoquer le changement de F. Kourilski)

Combien de temps les corps socio-économique et politique mettront-t-ils pour admettre qu’il leur faut aussi se transformer, changer, s’adapter à ces bouleversements, à cette société de l’intelligence collective et du moi-le-média ?


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La vraie vie, la mort, et le pourquoi des choses. Nouvelle année.


Je n’ai pas écrit depuis quelques mois.

Non pas que je ne comprenne pas que cesser de bloguer, de twitter, de réseauter, de cultiver ma marque personnelle, d’engager mon audience, de déployer ma visibilité et susciter les conversations, équivaut à retarder ma progression, pire, la faire régresser, dans le top 100 des consultants nouveaux médias en vogue et me décrédibiliser auprès de mes formidables stagiaires et de mes chers clients et coachés. Non pas que j’ai soudainement décidé de garder tout pour moi et de ne plus partager ma veille quotidienne et mon insatiable curiosité pour les choses des geeks et de la vie virtuelle…
Durant les mois qui viennent de s’écouler, je me suis simplement arrêté de compter les minutes et les heures qui passaient. Une parenthèse que je ne voulais que pour moi. Ce n’était pas seulement une question de temps, mais une question d’amour, de vie, et de mort.

J’aurais pu partager, mon incrédulité sur les systèmes archaïques de communication et de transmission entre les hôpitaux, sur la technicité du service de réanimation de l’Hopital St Joseph, ma colère à propos des protocoles élémentaires qui ne sont pas respectés au détriment des personnes les plus affaiblies et les plus âgées, mon admiration pour certains médecins, infirmiers et personnel soignant…

J’aurais pu ramener tout cela à des questions sociétales, informatiques et technologiques que j’aurais soigneusement analysées, pour en tirer des conséquences et des bilans que j'aurais partagés avec vous.

Je n’en avais pas envie. Le virtuel et ses avatars étaient à des milliers de kilomètres de moi devant la pure réalité, le corps souffrant de l’être chéri à qui je tentais vainement de transmettre l’espoir et l’énergie du vivant. Ecrire, oui, mais plus tard ...

Mon père, Jean-Claude Zuili, ce héros simple et magnifique, s’en est allé le dernier jeudi de novembre quand la neige a commencé à tomber, emportant avec lui sa belle humanité et les secrets des joies simples d’un temps qui n’existe plus.

Nous partagions le goût de l’authenticité, de la marche et des grands espaces, des voyages et de l’aventure, de l’histoire et de la modernité. Nous aimions échanger sur le génie de l’homme, la complexité et le mystère. Son courage, sa détermination, ses choix traçait la voie d’une vie d’homme libre que la société du spectacle effleurait à peine, une vie d’homme au service de la vie des autres hommes.

La vie continue et je reprends le cours de ma vie, réelle et virtuelle. Il est tant de projets, tant de rêves à transformer en réalité, tant de virtualités possibles, ouvertes, accessibles.

A tous, amis, passagers et fidèles lecteurs, étudiants et stagiaires, je souhaite une belle année 2011, une santé de fer, un optimisme à toute épreuve, de la joie de vivre, de l'énergie, de magnifiques rencontres et de beaux moments partagés.




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Second Life : Engage me again !

La réduction de 30% de son effectif annoncée par Linden Lab la semaine dernière a fait l'effet d'une bombe dans le petit monde professionnel de Second Life et dans la toute jeune industrie des environnements virtuels.
Reprise par la plupart des grands médias et des blogs et, comme toujours, interprétée comme un nouveau signe de l'agonie de la société et du glas d'une époque, cette information mérite d'être analysée plus en détail, à différents niveaux.

Restructurer et réduire les effectifs sont des pratiques assez communes dans le monde des entreprises. Ce que la presse ne mentionne pas, c'est que sous l'influence de Mark Kingdon, Linden Lab avait grossi son effectif dans les 2 dernières années pour stabiliser sa plateforme, professionnaliser son concept et achever ainsi un cycle de développement.

Outre une plateforme plus rapide et plus performante, localisée en plus de 10 langues, un navigateur plus simple (mais toujours pas assez) doté des fonctionnalités qui lui permet de partager tous types de médias (dont html et flash), Linden Lab dispose aujourd'hui de sites web ciblés, autonomes, efficaces et fonctionnels, intégrés à l'expérience utilisateur, et plus spécifiquement d'une véritable plateforme de e-commerce rebrandée XStreetSL.

D'autre part, Linden Lab est sur le point de terminer l’installation de sa nouvelle grille (construite à partir d’Havok 7, moteur physique qui gère notamment les interactions entre les avatars et les objets), et une nouvelle version de son navigateur permettra sous peu l'importation de mesh 3D, et la possibilité de nommer son avatar de la façon dont on souhaite. Cette évolution ouvre Second Life aux acteurs de la 3D classique et l'aligne avec ce qui se pratique dans l'ensemble des réseaux sociaux en matière d'identité numérique. L'achat récent de Avatar United laisse entrevoir une extension de la présence de la marque sur un réseau social online à la Facebook, couvrant ainsi l'ensemble des MMO pour fédérer les joueurs à travers leur passion commune.


Le Second Life de 2010 n'a donc plus grand-chose à voir avec ce qu'il était en 2006/2007, au plus fort de la vague médiatique. Et la stratégie de l’entreprise reste résolument tournée vers les « consommateurs », les créateurs et plus généralement l’écosystème de la plateforme. Lire la suite ...

Ce cycle, commencé il y 2 ans, s’achève dans un monde réel où l’industrie des univers virtuels s’est transformée, ouvrant la voie à diverses solutions concurrentes open-source et à d’autres alternatives propriétaires, où les utilisateurs, joueurs ou non, se sont multipliés...

Avec cette restructuration, Linden Lab entérine ce qui fait ses profits : la location de ses serveurs, le commerce de biens virtuels, le change de sa devise. Et même si M. Kingdon ne dit rien de SL Entreprise, il est clair que le départ d’une grande partie de l’équipe affectée à son développement laisse entendre que le projet Entreprise ne sera pas poursuivi dans sa forme actuelle. Pas assez rentable ? Certes, la vente d’une trentaine de solutions ne satisfait pas aux exigences de ROI, mais comment M. Kingdon pouvait-il espérer que cette solution se vendrait simplement en quelques semaines, avec un ticket d’entrée, autour de 80KE, et la mobilisation d’une chaine de décision entreprise souvent hostile à l’innovation.

Erreur stratégique ou erreur de timing. Linden Lab propose de livrer ses serveurs derrière le pare-feu des entreprises quand les entreprises réfléchissent de plus en plus à dématérialiser leur infrastructure… Et pourtant la solution Entreprise est intéressante… mais elle nécessite de la part de Linden Lab, un véritable support qui ne peut s’amortir que dans le cas où les entreprises adoptent plus massivement la solution… Donc, faisons preuve d’optimisme, et espérons que la béta de Second Life Enterprise fera place à une nouvelle génération de solutions compétitive et attractive… ou que Linden Lab sera capable d’évoluer rapidement sur les projets en cours… car projets en cours, il y a, ce que semble nous dire le Kingdon dans son communiqué de presse. « It will also enable us to invest in bringing 3D to the web and will strengthen our profitability… »

Car ici réside l’une des clefs pour une adoption mainstream de l’internet immersif : la simplification des conditions d’accès, pouvoir accéder à la 3D sur un simple clic. Le navigateur (viewer 2.0) Second Life a fait quelques progrès mais l’accès à la plateforme reste compliqué et pour les entreprises, le protocole UDP, l’installation de l’application et l’exigence d’une configuration utilisateur évoluée constitue souvent un show-stopper dans le processus d’adoption de la technologie.

Linden Lab semble donc tout miser aujourd’hui sur une simplification radicale de l’accès à Second Life, et assure qu’elle restructure pour accélérer ce processus. De quelle façon, là est la question…

Nous ne verrons donc pas un Second Life genre Habbo ou FarmVille… c’est à dire un Second Life en 2D ou 2D1/2, et c’est tant mieux, car cette vision est à l’opposé de ce qu’est fondamentalement un environnement virtuel en 3D temps réel. 


Linden Lab le confirme à James Wagner : « We're Developing a Second Life Viewer Accessible FROM the Web (Not a Second Life ON the Web) » Ce que Wagner interprète comme possiblement un navigateur qui fonctionne sur WebGL, une spécification d'affichage 3D pour les navigateurs web et potentiellement diffusable sur l’ensemble des terminaux cités par Mark Kingdon (web, iPhone, iPad…)

Autre possibilité une technologie de type Cloud. Il y a quelques mois, le VP responsable des plateformes annonçait que Linden Lab avait procédé à plusieurs essais de cette nature, c’est à dire un "server-side rendering' projeté en streaming sur des clients non équipés pour exécuter de la full 3D".

La technologie évolue rapidement, et la concurrence accélére le mouvement, Linden Lab doit donc se doter des moyens maximales pour proposer une solution innovante et qualitative. Ce qui pourrait expliquer aussi cette restructuration.

En fait si l’on y regarde de plus près, il n’y pas vraiment de problème Second Life mais tout au plus des erreurs d’appréciation, de communication, et beaucoup de préjugés. Il y a toujours eu quelque chose de freudien dans le comportement des journalistes quand ils parlent de Second Life, une sorte de relation amour-haine assez incompréhensible, mais que l’on retrouve assez souvent quand il s’agit d’innovation visionnaire (cf Apple et bien d’autres). Question de préférences cérébrales, de formes d’intelligence, d’ouverture…

Car quelle autre technologie aujourd’hui peut offrir la possibilité de rencontrer et partager des expériences en temps réel avec plus de 6 personnes, dans un riche environnement 3D ? Facebook ? Linkedin ? Twitter ? La comparaison est sans équivalent et peu pertinente, et ceux qui l’utilisent ne savent pas vraiment de quoi ils parlent…

Quelle autre technologie peut permettre de créer un cadre aussi proche de la réalité pour la formation, l’enseignement en ligne et la collaboration? (800 universités sont présentes aujourd’hui dans les univers virtuels)

Oui, les environnements virtuels font peur, parce qu’ils offrent une réalité en puissance et que cette réalité est dérangeante. Oui, les environnements virtuels représentent certainement une technologie de transition à de nouvelles pratiques que la réalité virtuelle devrait pouvoir offrir dans les prochaines décennies.

Restructuration ou pas, Second Life peut continuer à vivre au travers sa communauté, moins vibrante qu’auparavant certes, car souvent déstabilisée par les changements « politiques » (éloignement de Rosedale, augmentation des terrains, disparition des jeux, séparation du continent adulte, robots…), mais toujours riche de ses milliers de créateurs et d’innovateurs. Et il est imaginable qu’en affichant des profits records après cette restructuration, la société soit parée de tous les attraits pour une vente ou une ouverture de capital. A ses résidents aussi, peut-être….







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Des mondes réels, possibles et virtuels : réflexions.

Où serons-nous dans 10 ans ? Qu’en sera-t-il de l’internet tel que nous le connaissons, des entreprises dans ou pour lesquelles nous travaillons, des Facebook, Google, Apple ou Microsoft ? 

De quoi sera fait notre quotidien, comment vivrons-nous, comment travaillerons-nous ? Quels politiques seront assez éclairés et courageux pour dire aux peuples que le rythme du changement ne va faire que s’accélérer à mesure que les technologies évoluent de façon exponentielles et qu’elles impactent plus ou moins visiblement le cours de nos vies : médecine, biologie, industrie, éducation, transports, etc…

Nous ne reviendrons pas en arrière. Et rien ne pourra arrêter le mouvement des sciences et du progrès si ce n’est une catastrophe naturelle majeure comme celle qui effaçât de la carte les dinosaures et peut-être d’autres espèces avant elle : volcans, météorites, tsunamis, tous ces évènements qui se rappellent régulièrement à notre conscience pour dire que nous sommes humains et non machines, et que nous appartenons à un monde réel lui même partie infime d’un univers en mouvement.

L’homme conserve son libre arbitre. Il peut décider ou non de posséder un téléphone, une télévision, une radio, internet et tous les outils proposés par les technologies qui se succèdent. Il peut décider de vivre du lait de la chèvre et de la viande du mouton, habiter une tente, un tipi ou une youtre, ne pas se chauffer, vivre « comme avant » et mourir comme ses ancêtres. Il peut aussi faire un choix intermédiaire. Vivre comme ses pères mais en se dotant de ce qui est utile à sa survie et à la poursuite de son rêve de liberté. L’homme est son maître et tous ceux qui voudraient dessiner les contours d’une société linéaire, modelée sur une pensée unique, se trompent de route.

Il faut penser le futur et agir pour que le progrès serve le plus grand nombre et le serve pour le bien, pour ce qui est vrai et réel. Il faut éduquer les plus petits et former les grands et les anciens. Il faut penser la technologie dans le sens d’une libération et non d’une aliénation, et pour cela, il nous faut anticiper, faire face à la réalité et nous doter des structures et des outils qui vont avec notre mode de vie. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser les outils du 19ème siècle pour vivre notre vie du 21ème siècle. Pour apprendre, pour travailler, pour socialiser et redessiner de nouveaux espaces sociaux …. Pourtant, c’est bien ainsi que nous faisons.

Nous ignorons le ressenti et les pratiques de nos enfants en cherchant absolument à ce que leur éducation ressemble à la nôtre, quand la nôtre a laissé tant d’enfants et d’adultes sur le bord de la route.

Nos institutions fonctionnent dans un temps qui n’est plus le nôtre, prônant la flexibilité quand elles sont elles-mêmes incapables de s’adapter et réagir à des situations d’urgence. Et malheur à ceux qui voudraient bousculer les rythmes et les petites habitudes. Nous reproduisons des systèmes de mise en échec, reportant toujours la faute sur ce qui mettra des années à pouvoir être corrigé et sacrifiant dans la foulée une génération, alors que bien souvent des mesures intermédiaires suggérées par des personnes de bonne volonté permettraient d’aménager ces situations. De l’Etat aux entreprises, nous continuons à penser et fonctionner en vertical quand tous nos outils et notre vision du monde nous tire vers un management transversal et de nouvelles façons de penser le travail.

Et chaque jour crée plus de frustrations, plus d’incompréhension et plus de colère chez ceux qui n’ont pas forcément les capacités de s’adapter et que des forces obscures vont récupérer de façon primaire et brutale, alors que la formation, l’accompagnement, l'adaptation des machines à l'homme, sont capables de stimuler le désir et donner l’envie du changement.

Il est plus que nécessaire aujourd’hui d’ouvrir le champ des possibles, des expérimentations, de donner les moyens du changement, de permettre la transversalité, d’ouvrir les discussions sans clichés, sans complexes, sans dogmatisme et sans violence. Il ne s’agit pas d’une affaire de classes mais de l’évolution de l’humanité, de notre avenir proche dans un monde, notre monde, que les technologies sont en train de changer radicalement.  

Nous pouvons dessiner des ponts, des routes, des villes, des mondes, des univers où nous pouvons essayer, tester, tenter, explorer, échanger, collaborer, partager, proposer. Nous sommes les nouveaux explorateurs de ce siècle. Nous pouvons, peut-être, le rendre meilleur.



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Roman Polanski, Internet, les Medias et la Politique : quand tout se melange...

C'est vrai, j'utilise peu ce blog pour développer des idées personnelles sur la vie ou l'actualité qui m'interroge. J'ai l'habitude de cloisonner ce qui relève des sujets professionnels d'autres sujets qui me passionnent. Mais comment faire quand tout se mélange, quand le sujet même que l'on traite est intimement mélé aux débats de société. Depuis toujours, je me sens responsable et actrice dans cette société digitale que je contribue à développer, notamment par les enseignements que je donne. Et depuis quelques mois, j'ai si mal à mon Internet que j'ai du mal à écrire.


J'ai longuement hésiter à poster sur ce qu'on appelle "l'affaire" Roman Polanski, et plus particulièrement sur la façon ignoble dont les médias traditionnels et les nouveaux médias se sont appropriés l'arrestation du cinéaste à des fins totalement sensationnalistes, calomnieuses et tragiques. Ce que je lis dans les blogs, dans les commentaires, ce que je perçois de l'utilisation des médias sociaux relayés ou encouragés par les médias "mainstream", m'effraie à tel point que je peux difficilement me taire.

Hier se tenait un évènement étonnant aux U.S. baptisé "Can you hear us now ?" (Pouvez-vous nous entendre maintenant ?"). Un mouvement de protestation bâti par la mouvance "républicaine" à partir des médias sociaux, organise des rassemblements-manifestations "tea-parties" partout dans le pays pour dénoncer les médias traditionnels qui ne relaient pas l'avis de l'opinion publique mais qui, selon eux, défendraient seulement leur propre point de vue... qu'ils considèrent comme trop "liberal" (ce qui dans la culture américaine désigne les progressistes, c'est à dire le gouvernement en place). Selon ce courant et pour faire court, la presse et les médias devraient donc relayer la voix et la pensée de l'opinion publique (c'est à dire la leur) plutôt que celles des politiques. Hmmm.....

Selon Wikipedia, l'opinion publique est l'ensemble des convictions et des valeurs plus ou moins partagées, des jugements, des préjugés et des croyances de la population d'une société donnée....L'opinion publique peut être influencée par les médias, les leaders d'opinion les professionnels des relations publiques et du lobbying, la propagande, mais aussi par l'éducation, les arts, les sciences et la philosophie." Selon les sociologues Pierre Bourdieu ou Alain Accardo , l'opinion publique est un objet construit, un artefact, dont la fonction est de globaliser sous forme de statistiques pour légitimer un rapport de forces, et à travers lui une politique. Pour Accardo, l'opinion publique tient pratiquement tout entière dans ce qu'en disent les médias et tout spécialement aujourd'hui les instituts de sondage capable de produire un questionnement arbitraire, globalisant, et interchangeable, pour coller à des fins d'aggrégations statistiques.

Les sondages servent donc logiquement au monde politique pour établir des stratégies de conquête de l'electorat. Hors ce qui est étrange, c'est que dans l'affaire Polanski comme dans l'affaire Mitterand, comme dans d'autres sujets d'information depuis quelques années, certains journalistes se servent de ces sondages pour ajuster leur ton et cesser de faire leur travail d'investigation, de questionnement et d'élévation du débat.

J'ai été frappée par le changement soudain de tonalité de certains médias , 48 heures après l'arrestation de Roman Polanski , quand un premier sondage internet a mis en évidence "une désapprobation des français concernant la défense de Polanski". Idem, quand après avoir trainé le ministre de la culture dans la boue, un sondage a montré que 2/3 des français ont trouvé le ministre convaincant.
J'ai aussi été choquée par la soudaine nécessité de certains médias et politiques, de se mettre au diapason de cette désormais fameuse "opinion internet" et de se justifier. (cf L. Ruquier et ses commentateurs, qui dit texto "nous n'avions pas d'avis, avant de lire les commentaires des auditeurs..." et qui revendique le "bon-sens populaire".)

Un site américain (appartenant à un important groupe de presse) met en ligne la déposition de "la victime", et tous les blogs la reprennent en coeur, faisant fi des droits essentiel des deux parties. Les mainstream medias qui ne veulent pas être dépassés surenchérissent dans le trash. Ceux comme Whoopy Goldberg qui viennent simplement essayer de ramener la foule à la raison en invoquant les faits, se font tout simplement lyncher avec une violence indescriptible. Même chose en France où les commentaires antisémites se rajoutent à la pauvreté des insultes.

La machine s'emballe. Le choix des images, un Polanski jeune (et beau) et une innocente collégienne rajoute à la perception que le fait s'est déroulé la veille. Peu de journalistes s'attachent à contextualiser les faits, à les analyser. Aucun article de fond sur la société des années 70, sur les évènements précis, sur le rôle des médias américains, sur la parole de Roman Polanski. Il faut attendre plus de 15 jours pour lire dans le Monde, une interview de Marina Zenovich , l'auteur du documentaire "Roman Polanski : Wanted and Desired" (2008), excédée de lire n'importe quoi sur cette affaire. Mais le mal est fait, les chiens sont lâchés ... et la calomnie à la vie dure.

Mais d'où viennent ces "sondages" internet. Qui répond à ces sondages ? Qui commente les articles ou les billets des blogs ? Quel pourcentage de la population internet et quelle représentativité ? Quelle implication y-a-t-il derrière ces clics ? Quel contrôle y-a-t-il sur le système de vote et de réponse ?

Je lis beaucoup, je m'insurge souvent mais je commente peu, même si je sais, en tant que professionnelle, que le commentaire augmente ma visibilité sur internet et donc, mon indice de popularité . Et pour blogger depuis longtemps, pour avoir animé des blogs personnels et professionnels, je sais aussi qu'une grande partie des lecteurs de blogs ne commentent pas.
Je vous invite à relire l'excellent billet de Dominique Cardon sur l'identité numérique et observer de près les différentes typologies sur la visibilité.

On assisterait donc ici à une totale inversion des règles : ce serait maintenant la société du "moi-le-média" qui influencerait les médias traditionnels et dicterait les sujets, et les politiques qui se contentent alors de surfer sur les commentaires des internautes.

Dans l'affaire Polanski, cela donne des dérives inimaginables et une exploitation des sujets collatéraux où chacun se projette allègrement : la fracture avec les élites, la justice à 2 vitesses, les abus sexuels, le combat des féministes, le viol, le tourisme sexuel, la pédophilie, l'affaire Batisti, l'affaire Dutroux etc... dont certains journalistes bien-pensants, et certains commentateurs (co-menteurs ?) "éclairés" se délectent offrant ainsi un boulevard à tous les extrémismes politiques.

Qui cela sert-il ? Pourquoi cet homme ? Pourquoi maintenant ? Quel besoin a-t-on d'attiser la haine à ce point, d'amalgamer l'arrestation de Roman Polanski à celle d'un criminel nazi ? De quoi le lynchage de Roman Polanski puis de Frédéric Mitterand, mais aussi de tous ceux qui les défendent, sont-ils les symptomes exactement ?

Tous les journalistes ne sont pas à mettre dans le même sac, non, et je ne souhaite en aucun cas stigmatiser une profession ou une activité. Mais personnellement, je me désole de la superficialité du travail accompli par certains, du manque d'objectivité ou de questionnement, de l'absence d'éthique et notamment sur la vérification élémentaire des sources. Il est factuel que moins de 7% des blogs ne sont que des copies de copies de copies... d'une matière originale.

Au début des années 2000, j'ai commencé à enseigner et consulter , parallèlement à mon travail d'auteur-réalisatrice. L'utilisation du numérique et des réseaux posaient de nombreuses questions philosophiques et sociales. Une révolution était en marche, et je me disais qu'il fallait mieux faire partie des acteurs de ce projet, et être capable d'en influencer le cours, que de simplement la subir. Illusion, peut être, vanité, ou tout simplement une forme d'optimisme désespéré qui ne préfère regarder du bon côté des choses du progrès... Et chaque jour, si je ne regarde que de ce côté là, je suis tout simplement émerveillée des incroyables mouvements que peut produire la maitrise des technologies par l'homme.

Mais si je regarde de l'autre côté aujourd'hui, alors je me sens profondément inquiète. Inquiète de ce qui se profile derrière cet Internet où le ressentiment démocratique devient un leitmotiv insupportable, où le débat public peut être totalement manipulé ou orienté par de nouveaux dictateurs, de nouveaux intégrismes, qui eux ont parfaitement compris les processus de viralité. Inquiète de la violence des attaques, de leur vulgarité, inquiète des amalgames, de l'utilisation des mots pris et repris en boucles, et transportés à la vitesse de l'éclair.

Il est urgent de développer une éthique, une charte, des mécanismes de protection et d'éducation, bref, des formes de contre-pouvoir propre à l'utilisation des médias sociaux. Il est important que ceux qui ont une voix puissante mesure la vertu du silence et que les silencieux mesurent l'opportunité d'utiliser leur voix. Il est fondamental de ne pas abandonner internet à ceux qui souhaitent en faire un nouvel outil de domination par le contrôle des médias sociaux.

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Sources...
Tous les news et quotidiens en ligne...
Le Blog de Romain Desbiens
Marina Zenovich : Le Monde 14 octobre
Obs; Yasmina Reza
Groupe Facebook Free Polanski
Pétition internationale Free Roman Polanski.
Interview de Polanski par Charlie Rose


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Internet : l’ère de la chasse à l’homme.




En 2000, une société allemande organisait la première chasse à l’homme en ligne, une sorte de jeu dont le but était de retrouver une proie humaine cachée dans une grande ville pendant un mois, contre la modique somme de 10000 dollars.

Plus besoin de prime en argent sonnant et trèbuchant aujourd’hui, tout est devenu prétexte à jouer ou plutôt à se jouer de la vie des hommes. Avec plus de sophistication encore et plus de promotion, la chasse à l’homme sur internet est devenue un sport national et global.

Sophistication, oui, car le jeu s’est enrichi d’un public toujours prêt à remplir sa vie, calmer ses angoisses et ses propres peurs, en participant activement au lynchage... Hier réservé à une petite poignée de « no life », le jeu a finalement séduit des joueurs de haut-vol dont les rôles se sont précisés : les guetteurs, les traqueurs, les inquisiteurs, les opportunistes, les promoteurs. Les médias traditionnels, en perte d’audimat, ont enfin trouvé une façon de doubler l’internet en surenchérissant dans le trash. Les politiques, en perte de crédibilité, font leur pain blanc d’électeurs potentiels en manque de repères.

Les cibles sont devenues faciles car visibles, vulnérables, exposées. Elles ne se cachent même pas. La participation au jeu est anonyme et gratuite. Chacun choisit le sujet qui lui permet de se défouler et de gérer ses frustrations. Les sujets sont sans fin, surtout quand les mots ne correspondent plus à rien et que tout se mélange : argent, divorce, sexe, crime, viol, pédophilie, pédérastie, racisme, suicide, … L’histoire est revisitée, les faits sont omis ou passés sous silence par des investigations partielles, transformés, sortis de leur contexte, sans vergogne, avec préméditation, dans le cadre d’une vraie stratégie de communication, ou au contraire, sans aucune idée des dommages collatéraux. Seul compte cette obsession de posséder la voix la plus forte, de la porter le plus loin possible, de participer au bruit général pour se sentir moins seul et plus fort.

Que l’on ne se trompe pas, l’histoire nous montre que la folie de l’homme finit toujours par se retourner contre lui. Bientôt les buchers brûleront les livres, les films, les chansons, les œuvres de l’esprit créateur qui interroge. Nos vies seront passées au crible bien au delà de notre identité numérique. Chacun pourra dire qu’il est pur et blanc de blanc, qu’il n’a jamais menti, qu’il n’a jamais couché ou tenté de séduire la femme de son voisin, qu’il n’a jamais imaginé, fantasmé, exploité, profité, trompé,… Il suffira d’une seule voix pour porter la vindicte publique dans l’arène médiatique… et de cette incroyable caisse de résonnance qu’est devenu l’internet. Tristement.


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